Emprunter la route pour nourrir Korhogo : axes de collecte, circuits vivriers et logistique marchande féminine
DOI :
https://doi.org/10.5281/zenodo.22336422Résumé
Résumé
L’urbanisation rapide des villes ivoiriennes accentue les défis d’approvisionnement vivrier et renforce le rôle des systèmes marchands informels. À Korhogo, une part de ce rôle revient au Lôgôdougou, un marché mobile porté par des femmes, dont le fonctionnement reste peu documenté. Cet article en analyse l’organisation à travers ses circuits de collecte, les modalités de circulation des produits vivriers et les dispositifs logistiques qui assurent son fonctionnement. La méthodologie repose sur une approche mixte combinant une enquête par questionnaire auprès de 200 actrices, des entretiens semi-directifs et des récits de vie. Les résultats révèlent d’abord une distinction conceptuelle entre le Lôgôfiai, marché fixe et centripète, et le Lôgôdougou, marché mobile et centrifuge, dont l’évolution s’est faite en cinq phases depuis la période précoloniale. Le système se structure en un volet interne, intra-urbain, et un volet externe décliné en quatre sous-types selon la distance. La logistique s’adapte en conséquence : Badjan (minibus de 22 places) pour les trajets courts et moyens (54,5%), tricycles (36,4%) et moto (9,1%) tandis que sur les longs parcours les commerçantes voyagent séparément de leurs marchandises. Les trois quarts des actrices s’approvisionnent directement auprès des producteurs, par le porte-à-porte, le partenariat sur plantation ou la délégation numérique via mobile money, les vivriers frais représentant 55,4% des produits collectés. Le Lôgôdougou apparaît ainsi comme une infrastructure alimentaire informelle et peu reconnue, mais contribuant à l’approvisionnement de Korhogo, dont la reconnaissance institutionnelle représente une condition de durabilité.
Mots clés : Lôgôdougou, relation villes-campagnes, circuits d’approvisionnement, logistique marchande, Korhogo.
Abstract
The rapid urbanisation of Ivoirian cities heightens food-supply challenges and reinforces the role of informal trading systems. In Korhogo, part of this role is played by the Lôgôdougou, a mobile market run by women, whose functioning remains poorly documented. This article analyses its organisation through its collection circuits, the ways food-crop products circulate, and the logistical arrangements that keep it running. The methodology relies on a mixed approach combining a questionnaire survey of 200 women traders, semi-structured interviews and life narratives. The results first reveal a conceptual distinction between the Lôgôfiai, a fixed, centripetal market, and the Lôgôdougou, a mobile, centrifugal market whose evolution unfolded in five phases from the pre-colonial period onward. The system is structured into an internal, intra-urban component and an external component broken down into four sub-types according to distance. Logistics adapt accordingly: Badjan (22-seat minibus) for short and intermediate journeys (54,5%), tricycles (36,4%) and motorbikes (9,1%), while on long routes the traders travel separately from their goods. Three quarters of women source directly from producers, through door-to-door purchasing, plantation partnerships or digital delegation via mobile money, fresh food crops accounting for 55,4% of the products collected. The Lôgôdougou thus appears as an informal and largely unrecognized food infrastructure that nevertheless contributes to supplying Korhogo, and whose institutional recognition is a condition of its sustainability.
Keywords: Lôgôdougou, urban-rural relations, supply circuits, trading logistics, Korhogo.
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